lundi 25 octobre 2010

Le chant de l'oiseau résulte-t-il d'un apprentissage ou est-il inné?

L'élaboration d'un langage complexe est arrivé très tard dans l'évolution. Et le monde aviaire est riche de chants mélodieux comme précisé dans notre article de mars 2009 "Les chants des oiseaux annonciateurs du printemps".

Complétons le sujet avec les commentaires et analyses de Catherine Del Negro, CNRS, université Paris-Sud.

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''Si caqueter comme une poule est inné, chanter comme un pinson ou un canari s'apprend. Ainsi, pour tous les oiseaux chanteurs, ou Oscines, chanter comme les autres individus de leur espèce nécessite un apprentissage au cours des premiers mois de la vie. Un oiseau chanteur, isolé dès le plus jeune âge, possède un répertoire réduit de notes dont certaines ne sont pas produites par des oiseaux élevés en présence d'adultes. Cependant, il génère un chant qui, de par sa syntaxe, est proche de celui de son espèce. Ainsi, en conditions normales, le jeune oiseau mémorise d'abord les chants de l'adulte, puis produit des vocalisations dans lesquelles apparaissent des notes particulières, organisées selon un ordre spécifique.

Cette capacité d'apprentissage permet aux oiseaux de reproduire leur chant mais aussi ceux des autres espèces. Ainsi, des études ont montré que, si l'on élève un oiseau en ne lui faisant écouter que le chant d'une autre espèce, l'oiseau essaie de l'imiter, tant bien que mal. Comment l'oiseau reconnaît-il alors le chant de son espèce lorsqu'il grandit dans la nature, où de nombreux oiseaux cohabitent ? Grâce à des prédispositions sensorielles qui existent avant même que toute mémorisation ne commence. Ainsi, un jeune oiseau qui entend pour la première fois les chants de son espèce émet plus de cris que lorsqu'il s'agit d'autres espèces. De plus, les caractéristiques de l'appareil vocal limitent les possibilités. Enfin, les interactions avec les adultes guident la production des signaux vocaux.

Parce que le chant résulte d'un apprentissage, les vocalisations des Oscines témoignent aussi de l'appartenance à un groupe géographique. Les oiseaux utilisent en effet un dialecte ! Le chant d'un oiseau est plus proche de celui de son tuteur (père biologique ou pas) que de ceux des autres oiseaux de son espèce. Une grande similitude du chant révèle donc souvent des liens de parenté. Au niveau individuel, le chant, dans ses nuances fines, est un signe distinctif qui peut permettre la reconnaissance d'un individu par ses congénères.

Source la recherche n°386 mai 2005''

dimanche 3 octobre 2010

Les chauve-souris, des mammifères volants

Les journées étant de plus en plus courtes, les observations nocturnes deviennent aisées. Il n'est pas rare de percevoir des virvoltements dans la pénombre. Ce balai aérien est souvent l'oeuvre de mammifères volants. En Lorraine, au moins 19 espèces de chauve-souris sont répertoriées.

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Quelques espèces visibles en lorraine où vivent 19 espèces de chauves-souris:

  • la pipistrelle, la plus petite de nos chauves-souris, chasse près des habitions
  • le grand murin, hôtes des charpentes , chasse souvent au ras du sol
  • la sérotine, hôte des bâtiments, été comme hiver, chasse dans les jardins et les lisières de forêt
  • le murin de Daubenton vit dans les zones humides
  • les grands et petits rhinolphes dans les combles et forts désaffectés


Généralités

Longtemps victimes de préjugés, de superstitions à l’origine de nombreux mythes et de leur raréfaction, elles représentent des alliées très utiles à l’homme.(destruction de moustiques et tipules) et à la nature (propagation de graines).

Morphologie

L’aile, constituée d’une fine membrane, s’attache aux pattes arrières, sur les côtés du corps, le long des bras, entre les doigts de leurs mains qui excepté les pouces, sont très allongés. Cette aile permet à l’animal de planer, de se protéger en s’y enveloppant, de réguler sa température. La chauve-souris ne possède pas de queue, ce qui l’oblige à battre des ailes en permanence pour voler, mais lui offre l’avantage de pouvoir réaliser un demi-tour instantané.

Elles sont capables de chasser des animaux de jour ou de les capturer au sol, mais l’essentiel de leur activité est nocturne. Leur vue est bonne, mais insuffisante pour leur permettre de se repérer dans l’espace aérien et de capturer leurs proies efficacement. Dame Nature les a dotées d’un système d’écholocation (radar) perfectionné. La morphologie particulière de leur larynx et pharynx leur permet d’émettre des ultra-sons à des fréquences comprises entre 20 et 120 Khz Chaque ultra-son émis est réfléchi sur un obstacle et revient à l’oreille de l’animal lui permettant de calculer la trajectoire de sa proie, mais aussi sa forme. Le sommeil ou l’hibernation s’effectuent tête en bas, ce qui est rendu possible par la position des pieds tournés de 180 degrés facilitant l’accrochage à une paroi. Une fois suspendu le poids de l’animal génère une tension sur les tendons, verrouillant les griffes au support.

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Habitat

Inactives le jour, les chauves-souris s’abritent en se suspendant à une charpente, derrière des volets, des écorces décollées ou des cavités en adoptant une position « à l’envers », se protégeant d’une possible attaque de prédateurs. Ces gîtes sont proches de leur territoire de chasse et de leurs habitudes alimentaires. L’hiver, elles préfèrent des lieux plus frais pour pouvoir entrer en léthargie ( grotte, cave, galerie de mines). Présentes en ville et dans nos villages, les chauves-souris se concentrent aussi dans les forêts, milieux moins perturbés et abondants en nourriture. Leur rôle écologique est important puisque dans certaines régions du globe, elles assurent la pérennité de la forêt en polinisant certaines plantes ou en dispersant leurs graines. En Europe, elles régulent les populations d’insectes. On estime qu’en une nuit, la Pipistrelle commune dévore 600 moustiques, qu’une colonie de 500 Grands Murins détruit une tonne d’insectes par an. Leur présence dans la nature s’avère donc indispensable. Les chauves-souris chassent en solitaire, certaines espèces n’acceptant pas la présence d’un autre individu sur leur territoire. Le repos par contre, est propice à la vie sociale. Toutes les espèces sont liées, partageant des activités telles la garde, l’élevage des jeunes lorsque la mère chasse. Chez certaines espèces (Minioptère de Schreibers) une mère peut allaiter le petit de sa voisine. Qu’elle que soit l’espèce, les animaux se blottissent afin de réchauffer les jeunes.

Reproduction

Dès la fin de l’été les mâles constituent des harems rassemblant plusieurs femelles qui visitent plusieurs mâles pour s’accoupler. L’embryon se développe et naît après 6 à 10 semaines de gestation. Un seul petit par portée. A peine sorti, il s’accroche à de faux tétons situés sur l’abdomen de sa mère. Pendant la première semaine elle va le réchauffer en le gardant dans son pelage et va donc chasser avec son jeune accroché à ses flancs.

Alimentation
Les 31 espèces vivant en France sont uniquement insectivores, chacune, en fonction de sa taille, de son vol, ou de la force de ses mâchoires, chasse des espèces particulières. La Barbastelle se nourrit de proies tendres, la Noctule Commune capture de gros coléoptères volant à la cime des arbres, le Grand Rhinolophe chasse à l’affût du haut d’une branche, le Vespertillon à oreille échancrée va chercher les araignées sur leur toile.

Migration

La plupart des espèces sont sédentaires, les trajets, gîte d’été – gîte d’hiver n’atteignant que quelques kilomètres. D’autres sont migratrices, parcourant plus d’un millier de kilomètres pour rejoindre leurs quartiers d’hiver. C’est le cas de la Pipistrelle de Nathusius qui quitte l’Allemagne ou la Hollande pour l’Espagne.
Les chauves-souris entrent en léthargie, mécanisme abaissant leur température, réduisant leur consommation d’oxygène, leur permettant ainsi d’économiser leurs réserves.

Les chauves-souris comprennent 3 grands groupes :

  • les rhinolophidés : oreilles larges à la base, pointues à l’extrémité, ailes enveloppant l’animal au repos.

Ex : Petit Rhinolophe, Grand Rhinolophe, Rhinolophe Euryale….

  • les vespertilionidés : museau lisse, ailes repliées le long du corps au repos.

Ex : Vespertilion à oreilles échancrées, Grand et Petit Murin, Noctule commune, Pipistrelle commune…..

  • les molossidés : lèvre supérieure à cinq plis, narines ouvertes vers l’avant. Une seule espèce en Europe : le Molosse de Cestoni

Protection

Pratiquement en bout de chaîne alimentaire , la chauve-souris européenne connaît peu de prédateurs (chouette hulotte, chouette effraie, faucon hobereau, fouine). En revanche, depuis quelques décennies, la civilisation industrielle, l’amélioration de l’habitat ancien, la fermeture hermétique des greniers et des clochers, le traitement des charpentes, la destruction des haies, la réduction des ressources alimentaires par l’emploi d’insecticides et autres pesticides, rendent de plus en plus difficile la survie de nombreuses espèces qui, localement, ont disparu.

Conclusion

La loi du 10 juillet 1976 protège toutes les chauves-souris. Elles occupent une place importante dans notre environnement mangeant nombre d’insectes. Leur guano peut servir d’engrais. Aidons –les à vivre en épargnant les grands arbres des haies et en évitant de traiter chimiquement les bois de charpente.

Sources

  • http://mairie.haraucourt.free.fr/chauves-souris.php
  • guide des chauves-souris d’Europe (Delachaux et Niestlé)
  • les chauves-souris en Lorraine (Ph.Pénicaud)
  • revue Science et Nature
  • L’étymologie des noms des mammifères (Eveil Nature)
  • O.N.F.-« Les chauves-souris »